
Extrait
Le Destin des Cœurs
perdus Tome 2 :
La Rebelle
de Castel Dark



La porte restée entrebâillée vola contre le mur sous la poussée d’une force surhumaine. Brett apparut sur le seuil, silhouette massive trempée par la pluie, tel un vengeur surgi des entrailles de l’enfer. Le tableau qui s’offrit à lui le glaça d’effroi : Aelis acculée, le visage ensanglanté, et le duc, les mains rivées sur son cou. Pour le maître charpentier, la réalité bascula dans le cauchemar.
Il ramassa une dague sur le sol, puis se perdit corps et âme dans la tourmente qui l’enveloppa avec une violence soudaine.
Bien que le soleil brillât au-dehors, un courant d’air violent, saturé d’une odeur de lavande et de terre mouillée, s’engouffra dans la pièce. En un instant, une brume épaisse et grisâtre monta du sol, s’enroulant autour des meubles comme une créature vivante. Elle dévora la lumière du jour, transformant la chambre en un lieu hors du temps, une cellule lugubre où les silhouettes n’étaient plus que des masses mouvantes.
Arthur recula, ses yeux exorbités fixant un point précis, là où une chevelure rousse semblait s’embraser, flottant sans corps.
Templeton, prépare-toi à rejoindre l’enfer !
La voix éthérée résonna sous le crâne du duc. Il s’effondra, les membres tremblants, victime de sa peur. La Gorgone céleste déchira le brouillard au-dessus de lui, ses serres prêtes à le lacérer.
— Je vous en supplie… Laissez-moi ! hurla Arthur en se protégeant le visage.
Le duc ferma les yeux, mais le spectre d’Eryne était désormais gravé sous ses paupières. Il sentit des crocs invisibles lui déchirer la peau et des langues de feu lécher ses plaies ; il se tortillait, frappait l’air pour chasser des serpents imaginaires. Il tendit la main vers l’étranger.
— Pitié, j’ai trop mal ! Achevez-moi ! implora-t-il, glissant dans une folie sans retour.
Une lueur rouge, sourde et diffuse, sembla irradier à travers la pièce. Eryne surgit de la brume pour terrasser le tyran. Le cri qui jaillit alors de la gorge d’Arthur ne ressemblait à rien d’humain. Un gargouillement atroce, le bruit d’un coffre que l’on fracasse. Dans le chaos des ombres grises et de la lumière pourpre, un éclair d’acier fendit l’air.



